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Bibliothèque de Bordeaux : carte blanche à Tentacule Records

Du 26 novembre au 15 décembre 2018, la bibliothèque de Bordeaux Mériadeck donne carte blanche à Tentacule Records, label musical bordelais, dans le cadre de son Bibliorock, 3ème du nom.

A cette occasion, la Gironde Music Box vous propose un petit entretien entre Nicolas Guibert (boss du label) et Mathieu Vénisseau (bibliothécaire musical à la bibliothèque de Bordeaux).

Retrouvez le programme complet ici

à propos du label…

Nicolas, peux-tu nous présenter ton label ?

Tentacule Records est un label associatif bordelais que nous avons monté avec le beatmaker Redrum il y a 10 ans.

Comment est née l’aventure Tentacule Records ?

Redrum et son frère Minimalkonstruction, beatmaker aussi, faisaient beaucoup d’instrumentaux Hip Hop . J’aimais tellement le son qu’ils produisaient que je pouvais passer des heures chez eux, fasciné par leur musique. À la même période, j’ai fait la rencontre du rappeur burkinabé Art Melody pendant le tournage au Burkina Faso du documentaire « TAMANI » que j’ai réalisé et autoproduit avec un ami, Sébastien Gouverneur. En quelques mois donc, nous avions produit un film, le 1er album 6 titres de Redrum et entamions une sérieuse connexion avec un rappeur africain ( Art Melody donc) qui avait très envie de faire de la musique avec nous (et nous avec lui). Tous ces projets ont permis de poser les bases de la structure Tentacule Records.

Quels sont les influences musicales?

J’aime les compositeurs et les auteurs qui ont des signatures artistiques fortes, des artistes qui ont univers musicale propre, (sans forcément chercher à s’inscrire dans un mouvement ou une mode). C’est ça qui me touche chez un musicien au delà même de sa technique, ou du style qu’il joue. Pour citer quelques noms: Fishbone, Wu Tang Clan, Tool, J Dilla, Madlib, Melvins, Beastie Boys, Serge Gainsbourg, Massive Attack, le son du label californien Stones Throw ou Now Again Records aussi. Plus récemment j’ai beaucoup écouté les derniers albums de Illa J, Roc Marciano, Makaya McCraven, Chassol, Young Fathers , Kid Cudi, Baloji ou encore Mastodon !

Quelles esthétiques musicales défends-tu?

Le beatmaker Redrum est un artiste donc les musiques sont très épurées, très peu d’arrangements, juste ce qu’il faut pour laisser passer l’émotion, une espèce de ligne claire que j’adore et qui a influencé en grande partie la manière dont nous avons produit les chansons et les disques au sein de Tentacule Records. Il y a, bien sur, quelques exceptions passionnantes, comme l’album « Moogho » de Art Melody ou l’album « Sounds of the yesteryear » de Charles X qui sont plus “sophistiqués” mais dans l’ensemble voilà comme on travaille.

Charles X

C’est réellement Redrum qui a montré la voie de cette esthétique et j’ai toujours ça en tête. Le hip hop est devenu une évidence grâce aux sons produits par Redrum et les MC’s burkinabé Art Melody et Joey Le Soldat puis le cercle des musiques s’est naturellement élargi au fil des rencontres et des artistes avec des beatmakers plus Electro comme Form ou Codé ou plus Folk comme le songwriter britannique Will Dee.

Quels sont les moyens humains et financiers ?

Les moyens humains surtout qui compensent les moyens financiers car nous travaillons sans subvention ou aide en direct. Cela nous permet d’être totalement libre de nos faits et gestes artistiques et politiques. Par contre nous essayons toujours de trouver des partenaires (Tourneur, Editeur, Distributeur) pour développer et faire connaître les artistes, les albums etc …Nous nous consacrons presque exclusivement à la réalisation des albums. C’est ça qu’on aime faire, des disques !

Quelles difficultés as-tu rencontré en créant cette structure ?

Des difficultés financières et humaines !

Quel est ton rôle en particulier ? Producteur, manager, réalisateur, ingénieur, distributeur, tourneur ?

Certains artistes préfèrent être leur propre manager, leur propre producteur, d’autres changent parfois d’avis en cours de route… Cela dépend. Nos projets sont fragiles et les artistes sont souvent inconnus avant de travailler avec nous. Il faut alors tout faire jusqu’à les héberger quand ils viennent de l’étranger. Et paradoxalement c’est souvent dans ces conditions parfois inconfortables que naissent les plus beaux projets, les plus belles chansons, les plus beaux albums.

Ce que j’aime le plus c’est la réalisation des albums en étroite collaboration avec l’artiste. Quand c’est comme ça, je fais alors appel à une petite équipe de techniciens qui chacun dans leur domaine de compétences donnent le meilleur. Chaque morceau doit alors passer toutes étapes avec succès (maquette, enregistrement, mixage, arrangements et mastering) pour enfin se retrouver sur un disque. C’est passionnant ! La seule chose où je n’interviens pas c’est dans l’essence même des compositions musicales ou des textes.

Certains artistes Tentacule comme Charles X ont été particulièrement soutenu par la presse et la radio, ce coup de projecteur a t-il modifié la manière de fonctionner de Tentacule Records ?

Non pas du tout. Après « l’aventure Charles X » (la réalisation de 4 albums en 3 ans) nous nous sommes concentrés sur les albums de Newton Colours, Joey Le Soldat, Art Melody, Lola Montes, Codé

Notre développement est horizontal jamais vertical. Vaut mieux pas rêver , rester réveiller.( Shurik’n)

Quels sont les prochains projets de Tentacule Records ?La sortie d’un très beau clip pour le groupe Newton Colours réalisé par deux jeunes réalisateurs bordelais Manon Assens et Etienne Rallion. Le second album du groupe Newton Colours mastérisé à Los Angeles par Dave Cooley ( J Dilla, Ariel Pink, Blood Orange…) sortira en mars 2019, la production des nouveaux albums solo de Art Melody, Redrum, Joey Le Soldat qui devraient aussi sortir en 2019, toujours des choses à venir avec le beatmaker Codé et je souhaite aussi faire un disque avec le rappeur FILS DU Béton. J’espère qu’on pourra le mettre en place.

Focus sur des artistes Tentacule Records…

Peux-tu nous présenter quelques artistes de ton label ?

Venez Vendredi 7 Décembre au Void (Bordeaux ) ou samedi 8 décembre à la bibliothèque Bordeaux Mériadeck , je vous les présenterai !

à propos du documentaire « Tamani » réalisé par Nicolas Guibert et Sébastien Gouverneur autour de l’artiste Art Melody…

Tu as réalisé le film « Tamani », un documentaire en 2008 sur ton voyage au Burkina Faso. Quel est le lien entre ton label et ce documentaire ? Que souhaites-tu transmettre avec ce témoignage ?

 

Ton film montre la vie des locaux sans commentaire, peu de mots et peu de musique, pourquoi ce choix artistique ?

Le monde est rempli de spécialiste et de gens qui savent, surtout quand il s’agit de l’Afrique. Je ne voulais surtout pas m’inscrire dans cette démarche là. Je ne pourrais pas dire complètement ce que j’ai vu là bas par contre j’ai ressenti beaucoup de choses. Mon oeil et la caméra étaient guidés par nos sens, les couleurs, les visages, les rencontres, les corps, les langues que nous entendions sans les comprendre, les décors, la chaleur, les sons , les parfums etc ….tout le film a été construit autour de ça. Au retour j’ai travaillé de longs mois sur le montage pour arriver à cet équilibre. Je suis très fier de ce film dont la bande originale a été faite par le beatmaker Minimalkonstruction. L’année d’après nous repartions au Burkina Faso avec ce musicien pour enregistrer le 1er album de Art Melody.

« Tamani« , c’est en quelques sortes un film miroir, on est autant au Burkina Faso que dans nos têtes à Sébastien Gouverneur et à moi. Nous voulions éviter une démarche anthropologique comme c’est souvent le cas.

Quel rapport as-tu avec le cinéma et les images en général ?

Je travaille au Cinéma Utopia à Bordeaux. Depuis tout petit j’adore voir les films en salle. C’est pour moi comme une salle de concert pour la musique. C’est voir Ensemble. C’est vraiment là qu’il se passe quelque chose.

Es-tu influencé par certains univers graphiques ou autres démarches artistiques (des réalisateurs, photographes, dessinateurs…) ?

Avec Tentacule Records, on essaye d’accorder un soin particulier aux photos, pochettes d’albums, clips que l’on proposent pour accompagner un artiste ou un album. Oui les références se comptent par centaine… Pour Tamani, c’est le film « l’Inde Fantôme » de Louis Malle qui m’a influencé, les documentaires de Frank Wiseman, les films africains de Raymond Depardon.

As-tu d’autres projets de réalisation ?

Je fais de clips de temps en temps à partir de collage, d’images que je monte un peu comme des samples.

Vie musicale à Bordeaux…

Il est souvent évoqué dans les média la scène rock bordelaise. Tentacule Records propose autre chose en termes d’esthétique. Selon toi, comment se caractérise la « scène » bordelaise ? Est-elle principalement rock ? Quelle place occupe TR sur la scène locale ?

Il y a plusieurs “niches” et pas que rock sur Bordeaux. Tous les styles sont représentés sur Bordeaux et en Gironde. C’est assez impressionnant.

Tous les soirs, tous les week end il y a des concerts et des nouveaux artistes bordelais qui émergent. De notre côté, nous n’avons jamais rien fait pour occuper une place sur la scène locale. Certains ont cette démarche, pas nous. Nous organisons juste de temps en temps des Tentacule Party comme celle du vendredi 7 décembre au Void. L’année dernière c’était au Garage Moderne avec Joey Le Soldat en tête d’affiche. C’était une très belle fête !

Suis-tu des artistes bordelais en ce moment ? Quels souvenirs associes-tu à la musique à Bordeaux ?

J’ai beaucoup de respect pour la scène qui tourne autour du label Les Potagers Natures, du Novo Local à St Michel. C’est incroyable ce qu’ils produisent , tous les groupes se mélangent, les productions sont assez fascinantes. Le groupe Lord Rectangle par exemple.

Souvenirs de concerts ? Les concerts des groupes de Ska U.S ( comme Hepcat ou New York Ska Jazz Ensemble) au Jimmy c’était incroyable. No Means No au festival Doc Martens, TV on the Radio au BT 59, Underground Resistance au Capc , The Roots à Lormont…Récemment, le concert de YOB au Rocher de Palmer. Oui beaucoup de souvenirs.

Y’a t-il des lieux que tu apprécies particulièrement pour écouter de la musique à Bordeaux (festivals, salles de concert …) ?

Le Void, le Rocher de Palmer, les concerts organisés par l’association Make it Sabbathy, le festival Bordeaux Rock et le festival Echo à Venir.

Pour terminer cet entretien, nous avons demandé à Nicolas Guibert de partager avec nous les disques qui l’ont marqué ces dernières années :

La Playlist de Nicolas Guibert

Retrouvez Tentacule Records sur la Gironde Music Box !

Tentacule Records